Contexte

Depuis l’avènement de la société de marché, et à mesure que le travail est devenu le principal mode d’accès aux ressources et à l’existence sociale, l’économie lucrative et l’économie contributive se sont irriguées mutuellement dans une forme de réciprocité. Cet équilibre a été rendu possible, notamment durant les Trente Glorieuses, par un ensemble de conditions structurelles : le plein emploi, l’existence de protections sociales étendues, une organisation familiale reposant sur un salaire familial suffisant, l’action sociale de l’État, ainsi que le financement public du monde associatif, culturel et scientifique. Dans ce cadre, l’activité contributive pouvait rester largement invisible, car soutenue indirectement et tenue pour « naturelle ».

Depuis les années 1970, les mutations sociales, économiques et techniques ont progressivement fragilisé cette réciprocité. Les transferts de tâches, de charges et de responsabilités vers l’activité contributive se sont intensifiés, sans contrepartie équivalente. La numérisation renforce ce mouvement en déplaçant vers les individus une part croissante d’activités auparavant prises en charge par des professionnels ou des institutions : démarches administratives, coordination, auto-gestion, production de données et de contenus. Loin de réduire la charge globale de travail social, ces transformations la redistribuent sous la forme d’exigences contributives diffuses, peu visibles et rarement reconnues.

Il en résulte un double déséquilibre. Les personnes fortement engagées dans l’activité contributive voient leurs conditions de vie se précariser, tandis que l’ensemble de la population subit une pression accrue, sommée d’assumer toujours plus de responsabilités.

Ce poids croissant produit désormais des effets systémiques : hésitations à faire des enfants et baisse de la natalité, montée des insatisfactions et rancœurs sociales, augmentation des situations de burn-out et de détresse psychique, mutations des formes d’engagement durable. Et ce alors que les crises écologiques, économiques et géopolitiques appellent encore plus d’engagement ! Il devient donc urgent de sortir l’activité contributive de son invisibilité absolue et d’en mieux connaître la réalité. Nous ne pouvons plus continuer à la solliciter à l’aveugle, sans en comprendre les conditions de production, les limites et les effets sur celles et ceux qui la portent.

Telle est l’ambition de l’Initiative contributive.